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PASTELS

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Portrait a trous/© William Adjete Wilson

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Le hasard, plus souvent qu'on ne le croit, préside aux destinées des hommes. Et les raisons qui font choisir à un artiste une matière plutôt qu'une autre restent floues, imprécises, comme perdues dans un lointain passé.

A moins que le temps ne les ait effacées de la mémoire, estompées comme on le fait du doigt d'une tâche de couleur que l'on voudrait plus douce… Il semble, à entendre William Wilson, que la décision d'utiliser le pastel se soit prise d'elle-même, sans réflexion préalable, sans autre justification que le plaisir de retrouver les craies de couleur de l'enfance et le désir d'explorer les richesses d'une matière qui s'étale du bout des doigts, sans instrument intermédiaire.

L'aspect sec, aussi, lui plaisait et la pulvérulence sans doute, hommage personnel aux poudres d'ocre et de terre utilisées par les artistes africains sur les masques et les sculptures, mais aussi pour les peintures rituelles faites à même la peau.
Mais si le hasard se glisse partout, il n'en est pas pour autant aveugle et sourd, et peut-on, une fois encore, le laisser maître de cérémonie lorsqu'on apprend que le premier vernissage de William Wilson eut lieu dans un atelier prêté par un ami, amateur de perroquets ? Durant les trois jours que dura l'exposition, quatre couples de perroquets, laissés en liberté par leur propriétaire, tracèrent dans le ciel de l'immense verrière des traînées rouges, vertes, jaunes et blanches, répondant en écho aux couleurs des pastels accrochés aux murs, martelant les oreilles des visiteurs de leurs cris perçants. Mouvement, couleur et liberté, le ton était donné.

 

Isabelle Jarry, écrivain. in "William Wilson, monographie" Comptoir Général d'édition 1994.